Trois saisonniers réguliers et anciens, forts de leur expérience au sein de ces diverses structures, décident en 2014 de reprendre quelques hectares de vergers afin de les travailler. Amis d’enfance et amoureux des côtes de Meuse, leur association sonnait comme une évidence. Mais leurs parcours et leurs activités respectives ne leur permettent dans un premier temps que de créer une entreprise individuelle au nom de l’un d’entre eux. Deux ans plus tard, ils s’associent au sein de deux structures : la SCEA Mirabio, exploitation agricole, et la SCIC Mirabio, destinée à commercialiser la production. Un quatrième associé vient se joindre à eux.

 

L’exploitation agricole fruitière s’étend sur une quarantaine d’hectares au cœur des Côtes de Meuse. L’activité de production (entretien et récoltes) nécessite l’emploi annuel de plusieurs centaines de saisonniers, notamment pendant la période estivale.

Parallèlement à cette activité principale, Mirabio possède une spécificité : sur un territoire étendu de Montsec jusqu’aux Eparges, l’exploitation travaille avec des particuliers possédant des vergers, en rachetant leur production afin de la mettre en valeur. Ce processus encourage ces petits producteurs (qui doivent rester indépendants) à entretenir régulièrement leur verger. Outre l’enjeu économique de mise en valeur de leur récolte, l’entretien des vergers participe du maintien d’un paysage spécifique aux Côtes de Meuse. Cette démarche s’inscrit donc pleinement dans le soutien économique d’un terroir unique. Par ailleurs, la structure s’emploie à encourager les petits producteurs à ne pas traiter chimiquement leurs vergers, afin de les accompagner dans une démarche de certification à l’agriculture biologique.

Enfin, la structure transforme une partie des récoltes afin d’en faire des jus de fruits, confitures, compotes, … Elle emploie des prestataires transformateurs certifiés bio et transforme une partie des produits elle-même.

La structure s’attache à commercialiser un maximum de sa production via les circuits courts (notamment dans les AMAP).

 

Le territoire des Côtes de Meuse a une longue tradition d’exploitation fruitière sur ces derniers siècles. Tout d’abord ce fut une terre de vignerons et d’éleveurs jusqu’à l’apparition du phylloxera au début du siècle dernier. Devant ce fléau, les viticulteurs n’ont eu d’autre choix que d’arracher et de brûler la majorité de leurs vignes afin d’endiguer l’épidémie. C’est après cette période que l’arboriculture dans les Côtes de Meuse a connu son véritable essor, la population locale se rendant compte du danger de l’exploitation de la terre en monoculture. Un nouveau paysage et une nouvelle biodiversité ont ainsi vu le jour, au sein desquels chaque paysan intégra à son exploitation : vignes, vergers, maraîchage, élevage.
Au jour d’aujourd’hui c’est cet héritage de diversité qu’il nous paraît important, tant en terme écologique qu’en terme économique, de conserver et de valoriser.
Venu de Pologne, ce fut bien sûr le mirabellier qui devint la pierre angulaire de l’exploitation fruitière tant cet arbre s’est bien adapté aux conditions rigoureuses du terroir lorrain.

A l’heure où l’exploitation intensive est devenue la norme, où il est plus facile et confortable de se tourner vers la monoculture, où l’écologie ne fait plus partie du sens commun, il nous semble essentiel de développer et de fédérer une agriculture responsable afin de préserver ce patrimoine exceptionnel mais aussi de léguer aux générations futures une terre propre et viable économiquement.
Il faut savoir qu’aujourd’hui presque 50 % des vergers des Côtes de Meuse sont restés des vergers familiaux et c’est donc sur cette base que nous entendons nous appuyer. Notre réflexion nous a menés à trouver les solutions pour continuer à faire vivre ces vergers.

 

Notre engagement dans l’agriculture biologique n’a rien à voir avec un effet de mode. Le retour à la terre et à la nature résonne en nous comme une évidence. Nous ne pouvons envisager de production autre que biologique.
Toutefois, la certification AB n’est qu’un label. Elle fait partie de ces images réglementées, inventées par les institutions afin de réparer marginalement les dérives d’un système créé par la société elle-même. Tout comme nous forgeons aujourd’hui des règles limitant la pollution, alors même que le productivisme toujours ambiant nous a invités à ne pas nous préoccuper de l’environnement pendant des décennies, nous avons besoin d’un label qui puisse justifier d’une différence de mode de production. Pourtant ne sont pas si anciens les temps où toute la production agricole était de fait biologique.
Nous considérons d’ailleurs l’expression « agriculture biologique » comme un pléonasme : nous ne pouvons concevoir une autre agriculture que celle-ci. Elle nous paraît d’autant plus importante et urgente que les nouvelles générations sont exposées plus que jamais à un marketing alimentaire de masse faisant fi de ses conséquences néfastes sur le long terme. Nous devons tous nous rééduquer, réapprendre à manger les produits de saison qui sont nés à proximité. Et oui les enfants, on ne peut pas manger les tomates du jardin pendant toute l’année !
Mais aujourd’hui, l’enjeu semble dépasser la dichotomie entre agricultures bio et conventionnelle. En effet, au-delà d’un effet de mode parmi certains citoyens consommateurs qu’il ne faut pas nier, il semble exister également un effet d’opportunité du côté de la production : certains producteurs voient dans la labellisation bio une poule aux œufs d’or. Certes, le travail de la terre doit permettre de vivre. Mais nous pensons que le productivisme accru qui a cours dans une partie de l’agriculture conventionnelle ne doit pas être appliqué dans le mode de production bio, sans quoi cette belle philosophie perd de son sens. Il s’agit d’ailleurs sans doute de la future problématique de ce mode de production : une agriculture bio à deux vitesses qui, bien sûr, ne récompense pas ceux qui choisissent de rester en vitesse lente…
Au sein de notre exploitation, nous choisissons d’accepter et de respecter l’alternance naturelle de la production de nos arbres fruitiers. Nous aimons beaucoup les mirabelles, mais si l’année n’y est pas propice, alors nous nous en passerons…Mais comme nous les aimons vraiment beaucoup, nous pourrons ouvrir un pot de confiture fabriqué lors d’une année d’abondance ! Nous pensons en effet qu’il est possible et nécessaire de valoriser les produits, sous toutes leurs formes.

Nous considérons par ailleurs qu’il est important de sensibiliser les particuliers de notre territoire qui possèdent encore quelques anciens vergers familiaux ; afin de préserver le patrimoine paysager des Côtes de Meuse et les produits de son terroir unique, nous les encourageons à les entretenir, parfois à leur redonner vie. Ainsi, nous leur proposons d’acheter leurs petites récoltes annuelles et les aidons à lancer les démarches nécessaires afin de faire reconnaître leurs terres comme respectant le mode de production bio.